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“Les Pierres ~ Être ou Paraître”
Maisons & Décors Méditerranée n°119 - Déc. 1993 / Janv. 1994
Christophe CADU-NARQUET

Patrimoine :
Avant tous travaux, il est impératif de juger une façade
en fonction du style en cours à l’époque de sa construction.

 

Les détails architecturaux de la façade permettront de comprendre la justesse des aménagements envisagés et d’éviter de grossières erreurs dont le syndrome de la “pierre apparente”. Quant aux diverses techniques de nettoyage et de traitements des maladies de la pierre, le professionnel restera le seul interlocuteur de confiance.

La principale difficulté est de juger d'une façade en fonction du style de son époque et de sa région. Si cette reconnaissance n'est pas faite, c'est alors l'amalgame, la collusion, le mélange, bref le pire et souvent l'irréparable qui sont commis. On voit fleurir des pseudo-rénovations qui sont plutôt des pastiches ou copies, des transferts ou fantasmes…depuis les décrochements abusifs de toitures, en passant par les dimensions des ouvertures et les génoises… tout le registre du faux s'est développé avec sa cohorte de matériaux..

"Un édifice doit être compris dans son évolution qu'il y a lieu de respecter" (*04).

 


Photo P.M.
Habitat troglodyte aux Beaumettes, dont le mur en appareillage de pierres sèches est à conserver tel quel. Mœllons équarris, pierre de taille en encadrements de baies et chaînage d’angle

À propos des chaînages d'angles en pierre de taille décroûtés ou enduits dans le sud de la France, l'exemple toulonnais peut nous éclairer.
Au milieu du XVIIIe siècle, la façade présente une alternance de fonds de mur enduits et de parties en pierre taillée correspondant aux lignes principales ou à l'ossature de la composition : chaînages harpés, bandeaux d'étages ou d'appuis et portes d'entrées.
Sous l'influence du courant néo-classique, vers 1780, un changement fondamental dans l'esprit des façades s'opère. Celles-ci sont conçues non plus isolément mais comme un ensemble et les éléments architectoniques sont accentués. Le chaînage d'angle devient refend d'une largeur assez grande pour être visible et conserver sa proportion par rapport à la longueur de l'immeuble. Du coup la harpe trop mesquine disparaît et la corniche à console devient immense… Au début du XIXe, l'enduit simule les lits de la pierre, par un rainurage au fer (*05). Il n'y a donc pas qu'une image de la ville, mais bien au contraire des images qui se suivent et ne se ressemblent pas forcément…


Mises à nu, mises à mort !

En observant les ravalements de façades, on peut constater que dans l'ensemble ils font de plus en plus la part belle à la pierre… Tant mieux ! serait-on tenter de dire. Hélas, non ! Ce retour en force de la "pierre apparente" souhaité, désiré par les propriétaires abusés par une certaine "mode rustique" fait des dégâts souvent irrémédiables. Les façades de rues, de places ont été progressivement défigurées et substituées à l'architecture ancienne et traditionnelle. Les partisans de cette prétendue restauration libre (*04) expriment une tendance générale actuelle : celle de la réhabilitation des maisons anciennes par des éléments néo-régionaux, qui sont de véritables caricatures.
Il est temps de réagir vigoureusement. L'atteinte irréversible portée aux éléments d'architecture doit nous faire réfléchir ; voulons-nous continuer à voir disparaître notre habitat villageois ou urbain pour seulement satisfaire à nos irrépressibles besoins modernes, à notre façons de vivre, à notre recherche forcenée du soleil… ? Le syndrome ou "monomanie de la pierre apparente" (*04) doit-il gagner tous les villages du Midi de la France ? Assurément non ! Information et connaissance sont le meilleur moyen de nous faire prendre conscience des qualités de chaque région.


(Photo B.E.E.)
Mur dont le parement, destiné à être protégé par un enduit (si l'on en juge par l’épaisseur de l’encadrement de la fenêtre) a été décrouté et jointoyé.



Pierres des champs et pierres des villes…



(Photo M. Maurette)

Muret de soutènement agricole ou “restanque" de pierres sèches sans joint, monté par les paysans à partir de pierres ramassées dans les champs. Bonnieux.

Il faut avant tout faire la différence entre deux sortes de pierres. D'une part les “pierres sèches” ou moellons, résultat de l'épierrage des champs par les femmes et les enfants, avec lesquels étaient construites le plupart des maisons rurales ou bâtiments agricoles, des éléments structurants tels que les chaînages, encadrements de portes et fenêtres pouvant être en pierre de taille.

Lorsque les constructions sont proches de carrières ou bien que le transport fluvial est facile, les façades entières, à la demande de propriétaires soucieux d'esthétique, sont en pierre de taille (Arles, Avignon, Toulon, Marseille, …).
L'habitat rural est fait principalement de pierres des champs destinées à être recouvertes, alors que l'architecture plus urbaine fait apparaître et développe tous les registres de la taille de pierre sur la façade, la montrant, l'exhibant ostensiblement, comme une pierre des villes.

Les pierres des champs

Matériau brut, servaient à la construction d'ouvrages agricoles, murettes, restanques ou "bancaous", et petits abris ou édifices agricoles tels que bories, cabanons ou puits.
Pour l'habitation, on les utilisait à peine équarries, afin de ne pas les affaiblir. Friable, gélif, perméable, peu résistant à l'écrasement, le moellon est une pierre tendre. Ce sont à la fois l'épaisseur de la maçonnerie ainsi que la qualité du liant (chaux grasse) qui permettaient (et permettent toujours) de remédier à ces insuffisances. Dans ces conditions, le moellon était donc toujours utilisé pour être recouvert, protégé, enduit).


(Photo B.E.E.)
Appareil de pierres taillées et linteau en arc ogival du XVe, dans la vieille ville de Draguignan


La pierre de taille


(Photo B.E.E.)
Sur le façade de l'église de Mougins, appareil de pierres de taille calcaires à joints vifs.

Utilisée au cours des siècles, est issue majoritairement de bancs de roches calcaires (*06).
"La pierre (sa matière, son grain, sa couleur) a toujours été très prisée, symboles de richesse et de puissance étant liés à son coût. Pour rester apparente, la mise en œuvre de la pierre devait être parfaite. Elle était soigneusement choisie (sa faible porosité, par exemple, devait garantir sa tenue dans le temps), sa mise en œuvre parfaite, les joints étant les plus fins possible afin d'éviter les pénétrations d'eau au cœur de la structure (entraînant par le gel une dégradation rapide)" (*07).
Dans la tradition, la pierre de taille, considérée comme la véritable peau du bâtiment, a été appareillée de multiples façons (*08). En effet l'appareil, arrangement et assortiment des pierres est la fonction esthétique, voire symbolique, de la façade.



Principales carrières

Pierres du Midi : Les principales carrières de "molasses" dans les Bouches-du-Rhône sont celle de la Couronne**, des Baux (ou de Sarragan, calcaire crayeux à grains serrés), de Fontvieille (pierre tendre blanche, à dominante ocre, au grain moyen parfois coquillé), de St-Rémy**, de Barbentane**, de Bibemus** et de Rognes (ressemble par sa couleur et les coquillages moyens et nombreux qui la caractérisent à la pierre du Pont du Gard ou de Castillon).

Dans le Vaucluse, les "pierres du Luberon" : Buoux (pierre de la Roche d'Espeil, calcaire coquillier blanc grisâtre), Lacoste (calcaire blanc à grain relativement fin), Ménerbes (calcaire crayeux blanc, homogène, de grain assez fin), Oppède ou pierre d’Estaillades, face blanche crayeuse, sans grande trace de fossiles, au grain relativement fin et ne prenant pas le poli) et la pierre de Grillon-le-Brave (calcaire gréseux ingélif, à grain moyen, légèrement coquillier).

Dans le Gard, la pierre de Vers-Pont du Gard, de Castillon (jaune paille calcaire coquillier, issue d'un dépôt lagunaire après retrait de la mer) et de Tavel (calcaire siliceux très dur, à grain fin, prenant bien le poli, partagé entre des bancs crème et bleu, avec parfois une alternance de veines roses).

Dans les Alpes de Haute Provence, la pierre de Mane** (a servi à la construction de la cathédrale de Forcalquier) ou de Banon (calcaire dur, à grain très fin de couleur gris bleuté ou crème, prenant le poli). Dans la Drôme, la pierre de St-Restitut** et de St-Paul-les-Trois-Châteaux**.

Pierre de Provence, ou pierre froide, est essentiellement localisée à Cassis (prend un beau poli) et au Mont Caume (calcaire récifal dur, compact et homogène, nombreux fossiles).

Ces calcaires on servi depuis 2000 ans à tailler des pierres utilisées pour les constructions fameuses, la Maison Carrée à Nîmes ou Notre Dame de la Garde à Marseille (pierre de Barutel-Gard) (*10).

(** Carrières ayant cessé toute activité.)


(Photo M. Maurette)
Spectaculaire pierre de Cassis orbiculaire, calcaire marbrier travaillé ici en finition polie.


(Photo B.E.E.)
Toulon PRI., constitution d'un mur. Soubassement en pierre calcaire dure ou froide du Pont Caume et mur en calcaire tendre (coloration plus jaune).


Instruments, forme, lexique


(Photo M. Maurette)
Certains outils, dont une boucharde, posés sur une pierre à finition ciselure relevée et intérieur bouchardé.

Les blocs livrés aux bâtisseurs se débitaient en carrière suivant des dimensions normalisées bien avant le XIXe siècle ; ils sont appelés : Queron (65 x 65 x 40) &endash; Querade (100 x 50 x 40) &endash; Transpanière (100 x 40 x 40) &endash; Bugé (64 x 50 x 30) &endash; Carreau (70 x 70 x 45) &endash; Cinquante carré (50 x 50 x 45).

Pic, poinçon, hache, chasse, masse, maillet, laye, marteau grain d'orge, rustique, boucharde, ciseau, gradine, gouge, ripe, chemin de fer, sont les outils du tailleur ou du tâcheron. Après avoir été ébauchée, démaigrie, dressée, la pierre pourra être layée, rustiquée, ciselée, ripée ou bouchardée…

Suivant la destination (ou positionnement) des pierres dans l'ouvrage, celles-ci doivent assumer des fonctions précises. Le critère de dureté qui est l'un des plus important à ce titre, fait l'objet d'une classification normalisée : tendre / semi-ferme / ferme / dure / froide (NF B 10.301) (*09).

 

Lithochromies** ou couleurs naturelles

Depuis le Moyen-ge et jusqu'au début du XXe siècle, "l'image" de l'architecture passait par l'importance accordée à la perception des matériaux. La pierre avait donc une valeur ornementale et chromatique reconnue. En fonction du contexte géographique (carrière d'extraction) et historique (époque et style), l'appareil de pierre reflète une symbolique voulue avec ses effets de textures et de matières.
L'usage ornemental de la pierre est adapté à l'extraction locale ; ainsi le parement alterné de pierre noire et marbre blanc (paramento litotomico bianco i nero) des façades lombardes, pisanes ou ligures du Xe au XVIIe siècles, qu'elles soient religieuses ou civiles en est un exemple remarquable. L'usage de la Serpentine vert-sombre en encadrements de portes à Cogolin (Var) l'est tout autant. La polychromie des murs d'églises romanes, proche de la mosaïque, à Murato et Aregno en Corse, démontre à la fois la variété des roches balanines et un sens héraldique élaboré.


(Photo B.E.E.)
Contretype à la chaux
des teintes de pierres
Nuancier viille de Toulon PRI
(Périmétre de Restauration Immobilière).

Les schistes rouges-violines ou gris-verts de la Roya (Alpes-Maritimes) se trouvent souvent en appuis ou encadrements de fenêtres et de portes. Quant à l'ardoise nommée Lavagna, du nom du site d'extraction, elle protège tous les soubassements et orne portails ligures et corses.
Principalement représentés dans les régions du sud de la France, les calcaires ont des tonalités plus ou moins chaudes ou colorées qui vont du blanc grisâtre, en passant par les beiges clair-rosé, le crème, le mastic, les jaunes clair-roussâtre, rosé-cuivré, le bistre, le bis, jusqu'aux gris-jaune-rosé. Les grisâtres et autres gris bleutés plus ou moins clairs sont attribués aux pierres froides…(*11)
Ces tons naturels peuvent être modifiés par une patine à la chaux, mais évoluent aussi avec la patine naturelle du temps.
(**Lithochromie du grec lithos : pierre et kroma : couleur)

Post - coloration

De tout temps et pour diverses raisons, la pierre a été revêtue d'un badigeon de chaux. Que ce soit pour masquer les différences chromatiques des appareils donc pour uniformiser la partie murale, ou pour lui donner une autre teinte et en décorer des parties précises (polychromie de l'époque romane), dans tous les cas le rôle protecteur du badigeon de chaux, a été reconnu, (et est de nouveau conseillé). Ces fines couches de coloration volontaire ne sont pas, ou très rarement, parvenues jusqu'à nous en raison des dégradations et destructions qu'elles ont subies. Cela pose le problème du rapport entre structure et décor. "La décoration est-elle partie intégrante de l'édifice, ou n'est-elle qu'un revêtement plus ou moins riche dont on le couvre quand les formes sont fixées ?" (*12). La découverte récente de la polychromie sur la cathédrale d'Amiens relance le débat…

Bien souvent l'ouvrage qui a été réparé ne correspond pas au souhait esthétique initial et dans ce cas on peut envisager l'application d'une patine. Une patine à l'eau du type eau forte (lait de chaux coloré très dilué) peut être appliquée sur les parties restaurées en cours de prise, soit après trois semaines, une patine silicate (silicate de potassium 95 %) teintée à base de pigments minéraux en très forte dilution (*06).

“Ton Pierre”

Si la coloration de la surface de la pierre a toujours existé, la "couleur pierre", idée aussi saugrenue que ravageuse, n'est apparue qu'au XIXe siècle. On retrouve sa fabrication pour peinture à l'huile dans le manuel de Roret de 1884 comme suit : 100 parties en poids de blanc de zinc pour 6 d'ocre jaune. Au XXe siècle, dans les années cinquante-soixante, à peu près en même temps que le "coquille d'œuf", cette teinte réapparaît. Bien que les tonalités définissant les pierres calcaires soient nombreuses, la bonhomie de l'époque va malheureusement ériger cette référence, unique et définitive, au rang de symbole du bon goût.

Altérations


(Photo M. Maurette)
Altération d'une pierre calcaire.
Desquamation de la couche sur un mur
en pierre non enduit, avec
désagrégation sableuse, pulvérulence
et alvéolisation matérialisée
par de petits trous.

La pierre calcaire est une roche plus ou moins dure, comportant dans sa composition plus de 75 % de carbonate de calcium (*09). D'une grande variété de dureté et de texture, ces roches ne peuvent être comprises que si l'on aborde leurs deux éléments intimes que sont le calcin et le sulfin (*13).

Le Calcin : Cristallisation en surface (plus dure, plus dense et moins poreuse que la petite sous jacente, le calcin), essentiellement composée de carbonate de calcium, qui assure une protection naturelle de la pierre toute ne lui donnant une certaine patine, une "couverte".

Le Sulfin : Cette croûte noirâtre, ancrée au substrat poreux, contient une grande proportion de sulfate de calcium et de fines particules telles que poussières, goudrons, cendres, spores, suies et autres matières contenues dans l'atmosphère.
Contrairement au calcin, elle n'apporte aucune protection et favorise le développement d'altérations profondes ; on peut la confondre avec la patine naturelle des siècles.
Comme tous les autres matériaux de construction, la pierre vieillit et s'altère plus ou moins rapidement. L'eau a une action prépondérante sur son vieillissement prématuré, et ses apports sous forme liquide ou gazeuse dans la structure se font par ruissellement, transfert, remontées capillaires ou phénomènes de pompe. L'eau combinée à la pollution atmosphérique (industrielle, urbaine dense, agricole) ou à l'environnement marin devient encore plus destructrice.

Maladies

Les modifications d'aspects, consécutives au vieillissement naturel, entraînent des altérations de surface appelées "maladies de la pierre" dont nous passons en revue les plus connues (*06 &endash; *13) :

- La désagrégation sableuse, élimination superficielle de la pierre sous forme pulvérulente, ne laisse aucune zone en relief
- L'alvéolisation, sillons ou alvéoles créés par le passage de l'eau, qui désagrègent la pierre.
- La desquamation de la couche superficielle plus ou moins dure de la pierre est formée par les dépots de salissures et d'éléments chimiques qui finissent par se décoller en arrachant la surface.
- La dissolution du calcin par les pluies acides ou des ravalements inadaptés.
- Les attaques biologiques par les sels expansifs (créés par les nitrates ou sulfates contenus dans l'air ou les nappes phréatiques) qui se fixent dans la pierre et provoquent son éclatement.
- Le gel produit des éclatements, ébrèchements d'angles ou destructions par plaques sur certaines pierres poreuses (donc gélives) sous l'action répétée des intempéries.

Analyse et Diagnostic

Cette première phase est indispensable à la compréhension des problèmes que l'on rencontre. Un examen doit être réalisé par tout professionnel (maître d'œuvre, entreprise ou artisan agréés) compétent. Aussi précis que possible il comportera une identification des pierres d'origine, leur nature, leur mode d'appareillage et le type de désordre (physique, chimique ou biologique). C'est seulement après que des solutions techniques spécifiques à chaque pathologie peuvent être proposées, puis mises en œuvre.

Consolidation

Dans le cas où la pierre a gardé sa forme initiale mais a perdu beaucoup de liant et présente une résistance de surface trop faible pour recevoir un traitement de réparation, voire même de nettoyage, il convient de procéder à une minéralisation ayant pour but de restaurer les résistances mécaniques initiales de la pierre ; les produits couramment utilisés sont les silicates d'éthyle ou, plus récemment et mieux adaptés, les esthers d'acide silicique.

 


(Photo B.E.E.)
Réparation d'un mur du XVIIIe siècle à partir de pierres de taille de récupération avec bouchardage. Toulon PRI.

Techniques de nettoyage

Les solutions de nettoyage de la pierre sont au nombre de 4 : mécanique, sablage, à l'eau et chimique. Chacune est adaptée à des pathologies spécifiques et possède ses avantages mais aussi ses inconvénients. Le résumé (*14) que nous en donnons ici a pour but de montrer le choix assez vaste des traitements possibles :


(Photo B.E.E.)
A gauche, encrassement d'une façade en pierres.
À droite, après traitement par gommage et protection
au silicate, la façade a retrouvé son éclat. Toulon.


Les traitements mécaniques : sont réservés aux professionnels de la pierre qui pourront se rendre compte de la dureté originelle de celle-ci, de manière à n'éliminer que les parties atteintes. En règle générale les outils employés sont : la brosse laiton, le chemin de fer ("rabot" pour la pierre), la ripe (sorte de lime).
Les traitements par sablage (à entreprendre sous le contrôle de spécialistes) : sec avec sable siliceux, hydropneumatique eau/sable, gommage avec microfines de verrerie.
Les traitements à l'eau : ruissellement longue durée, nébulisation, eau froide et chaude sous pression, vapeur sous pression. Ces travaux sont quasiment réservés aux monuments ou stèles et à l'art statuaire. L'utilisation de ces techniques sur des murs d'habitation nécessite des mesures conservatoires délicates à mettre en œuvre.
Les traitements chimiques : Produits PH. neutre, PH. acide, PH. alcalin. Ces travaux sont à réaliser au terme d'un diagnostic approuvé par le fabricant des dits produits. L'usage d'un produit au PH. inapproprié peut entraîné des dégâts irréparables. Il importe donc, suite au diagnostic, de déterminer avec justesse lequel de ces traitements (seuls ou combinés) sera le mieux adapté.


Réparation

La réparation de la pierre intervient lorsque celle-ci est déjà mise à jour, c'est-à-dire souvent après le nettoyage de façade. Les choix de réparation se font en fonction des critères suivants : types et localisation des reprises. En effet si l'on est en mur, en sol ou escalier, en mouluration ou corniche, en élément sculpté ou en art statuaire, les réparations sont différentes (*06).
De tout temps, chaque compagnon a effectué des réparations sur la pierre de taille à l'aide de produits formulés sur chantier à base de poudre de pierre, chaux grasse, liant hydraulique, terre naturelle et adjuvants naturels. Si ces réparations performantes restes d'actualité, elles ne sont plus toujours aussi bien adaptées. Plusieurs produits de réparation existent :

Les placages collés : si la substitution n'est pas possible, on peut utiliser en parement courant le placage de pierre avec colles en épaisseur mince.

Les systèmes réactifs : soit des matériaux bi-composants à mélanger avec précision et de mise en œuvre courte (5 à 15 mm), soit des poudres prêtes à gâcher à l'eau, utilisables en 10 à 45 mm.

Les systèmes de type hydraulique à base de chaux aérienne, liant hydraulique, poudre de pierre, pigments minéraux et adjuvants prêts à gâcher à l'eau, sont adaptés à chaque type de pierre avec une variété de résistances mécaniques et de granulométries.


(Photo M. Maurette)
Remplacement d'éléments
endommagés ou abîmés par une
pierre de carrière locale proche de
la précédente et taillée à l'identique,
suivant le motif architectural ancien. Uzés.

Il existe des mortiers à usage spécifique pour le ragréage, le rebouchage, la recharge, le moulage ou la finition. Leur utilisation, proche des mortiers traditionnels, nécessite le strict respect des modes d'emploi.
S'il est bien entendu nécessaire de respecter une certaine méthodologie stricte de réparation de la pierre de taille, il faut ajouter, pour conclure ce sujet, qu'il est très vaste et à la fois particulier à l'ouvrage dans sa nature et son état (*06).

Christophe CADU-NARQUET
(Coloriste du Patrimoine &endash; Dirige à Nice depuis plus de dix ans l'agence B.E.E.
Cette activité lui a permis d'étudier l'histoire, l'architecture, les couleurs,
matériaux et techniques et de définir les règlements d'une cinquantaine de villes ou villages,
notamment sur les centres anciens d'Arles, Gap, Toulon, Draguignan, Nice, Grasse, Ajaccio…
et des régions de Balagne et de Riviera Ligure du Levant.)

In “Maisons & Décors Méditerranée” - n°119 (Déc. 93-Janv. 94 - pp 80 à 85)

Bibliographie :

*01 - Massot J.L. : Maisons rurales en Provence, Paris, Serg, 1975
*02 - Hanotaux G. : La Provence Niçoise, Paris, Hachette, 1928
*03 - Cadut-Narquet Ch. : Ajaccio, un patrimoine restitué, BEE, Nice, 1992
*04 - Massot J.L. : L'esprit de restauration, Aix-en-Provence, Areha
*05 - Steve M., Cadu-Narquet Ch. : Étude historique de l'architecture toulonnaise, PRI, BEE, Nice
*06 - Rizza M. : Réparation de la pierre naturelle en Colloque interrégional Afip, Nantes, 1993
*07 - Bossoutrot A. : La pierre mise à nu, in Lithiques n°6, Paris, 1989
*08 - Inventaire Général des Monuments & Richesses de France, Vocabulaire de l'architecture, Paris, Imp. Nationale, 1972
*09 - Documentation française du bâtiment : Les pierres de France, Ed. du Moniteur, Paris, 1980
*10 - Triat J. M. : Pierres utiles de Provence, Cahiers de Documentation,
Ch. de Commerce et d'Industrie, Marseille, 1982
*11 - Cadu-Narquet Ch. : Étude chromatique de l'architecture toulonnaise, PRI, BEE, Nice, 1992
*12 - Viollet-le-Duc : Entretiens sur l'Architecture, Paris, 1863, Réed. Mardaga,
7ème entretien, p. 253, 1977
*13 - Sicof : La restauration du patrimoine pierre, Doc. Tech. Sicof, Nantes, 1991
*14 - Virolleaud F., Laurent M. : Le ravalement, Paris, Ed. du Moniteur, 1992