· l'entreprise   · création et services   · revente / partenariat   · réalisations
· la pierre naturelle   · des professionnels   · infos / presse   · nous contacter   · liens

 

 

infos
le mois de la pierre
construire en pierres
patrimoine
presse
Maison & Décors n°179
Cuisines & Bains n° 90
Les Guides de la Cigale
Bulletin Municipal de Pourrières
marie-claire n° 370
Art & Décoration n° 387
Art & Décoration n° 372
Golf... n° 45
la Provence du 09/11/00

 

Hors-Série “Le Bâtiment Artisanal”
Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment
Numéro Septembre 2000  

Construire en pierres massives :
la Pierre, c’est sain et c’est pas cher.

 

Fille des grottes dont les hommes sont sortis, sœur de la terre crue et du bois, inspiratrice du béton et génitrice de la pierre agrafée, la construction en pierres massives renaît grâce à la volonté farouche de quelques irréductibles Architectes et Tailleurs de Pierre. Dans la perspective de ce numéro technique spécial habitat sain et protection des personnes, nous avons rencontré l’un d’entre eux à Marseille, à qui nous avons demandé dans un premier temps quelles étaient ses motivations, dans un second temps s’il considérait que la pierre était un matériau sain. Puis, au fil de l’entretien, les avantages de ce matériau, son avenir, les freins qui s’opposaient à son développement, etc.

…François Gauthier est un de ces drôles d’architectes qui continuent à vouloir faire vivre la construction en pierre massive. Au gré de ses chantiers, il parvient même à prouver que celle-ci, sous certaines conditions, est moins chère que la construction en béton et en pierres agrafées, et peut s’inscrire dans le cahier des charges de la construction sociale.

Pourquoi construisez-vous en pierre ?
Mes motivations remontent loin. Ce sont surtout des motivations d’ordre général et culturel… Je suis un amoureux des vieilles pierres comme beaucoup d’architectes. Cela nous vient d’une certaine culture héritée de nos ancêtres les bâtisseurs de cathédrales, dont je considère que nous sommes les héritiers.

Pourtant, ce n’est pas nécessairement le cas de tous les architectes ?
Oui et non. Ce n’est effectivement pas le cas de beaucoup d’architectes du point de vue des connaissances actives. Je dirai même que cela ne concerne qu’un petit nombre d’architectes que l’on retrouve surtout dans les rangs des Architectes de France ou dans ceux de ceux qui ont fait l’école de Chaillot. Pour autant, je crois que le désir de construire en pierres massives existe en chaque architecte. Cela lui vient de notre formation où la pierre est considérée comme un fondamental. C’est d’ailleurs un fondamental universel à en croire ces millions de touristes qui viennent en France voir nos vieilles pierres. N’oublions pas qu’en France, en deux siècles de Moyen-Âge, nous avons extrait et mis en œuvre un aussi grand volume de pierres que toute l’Égypte en une dynastie.

Comment avez-vous construit pour la première fois en, pierre massive ?
Cette chance s’est présentée il y a quelques années avec un maître d’ouvrage qui a été ouvert au dialogue et à l’argumentaire sur la qualité intrinsèque du matériau.

De quelle qualité parlez-vous ?
C’est un matériau qui est tout fait et qui n’a pas besoin d’être transformé : on travaille le matériau mais on ne modifie pas sa structure interne. Il est porteur de mémoire : symbole d’éternité, c’est un matériau noble, riche, valorisant. C’est aussi le matériau de toutes les œuvres d’art.

C’est en développant cette argumentation que vous avez réussi à imposer la construction en pierres massives ?
Dans notre expérience ce sont les arguments que nous avons mis en avant. Mais notre démarche a consisté à démontrer qu’il était illogique que la pierre massive coûte plus cher que la pierre agrafée puisque ce qui coûute dans le bâtiment, c’est la main d’œuvre. Ce chantier nous a permis de prouver que la construction en pierres massives pouvait être économique. Par rapport à la pierre agrafée, pour laquelle il faut quatre postes de main d’œuvre &emdash; mur en parpaings, pierres agrafées, doublage isolant intérieur, finition &emdash;, elle ne nécessite que trois postes, utilisée en épaisseur relativement mince (20 cm), le mur de pierre, qui sert aussi de parement extérieur, le doublage isolant intérieur et la finition. Utilisée en forte épaisseur, la pierre est encore plus économique, puisqu’elle ne nécessite pas d’isolation et peut aussi servir de parement intérieur.

Économe en main-d’œuvre, pérenne, ce matériau ne serait-il pas également un matériau sain ?
C’est un matériau naturel. C’est un matériau qui existe.

Un matériau propre ?
Affirmatif, même si on s’interroge sur l’ensemble de la filière. Il ne génère pas beaucoup de déchets, en amont, lors de l’extraction, ou en aval, sur chantier. Et même quand il y a des déchets, il y a des gens qui savent les réutiliser.

Et sur le plan énergétique ?
Je dirai que c’est un des matériaux les moins consommateurs d’énergie. Il est tout fait. On ne le fabrique pas, on ne modifie pas sa structure, tout juste on l’extrait et on le façonne. En plus, il faut l’envisager sur la durée, sur l’échelle du temps et celle-ci s’exprime en termes de centaines de milliers d’années.

Dans ce contexte, la question de la fermeture des carrières se pose donc d’une manière un peu étrange.
Je me demande si ce n’est pas un faux problème. Je pense qu’il est très difficile, même pour la ministre de l’Environnement, de se prononcer, tant qu’il n’y aura pas eu une étude effective et exhaustive de réalisée, et qui fera le tour des carrières en déterminant que pour tant de m2 construits en pierre, il faut ouvrir tant de m2 de carrières. Tant qu’on n’aura pas répondu à cette question, je me demande comment la ministre ou d’autres personnes peuvent se faire une opinion. C’est un débat environnemental et paysagiste.

Pour en finir avec ce côté “matériau sain”, avez-vous déjà été tenté de réutiliser des pierres anciennes dans vos constructions ?
Pour le moment, la question ne s’est pas posée, mais pourquoi pas au titre du “signe”.

Malgré tous ses avantages, la pierre n’est-elle pas un peu contraignante, en termes de conception architecturale par exemple ?
Le choix du matériau est une contrainte que l’on se donne, nous composons avec. Dans l’œuvre de la création architecturale, quel que soit le matériau, ce qui nous intéresse, c’est de trouver la meilleure synthèse entre programme et contrainte, et d’en trouver la meilleure expression formelle, la plus cohérente, sans a priori d’école. Nous nous appliquons à traiter chaque matériau dans sa logique.

Mais du point de vue de la réglementation ?
Les réglementations sont imposées quelque soit le matériau. N’oublions pas que notre métier consiste à tirer la meilleure expression de l’ensemble des contraintes qui nous sont imposées.

Et sur le plan parasismique ?
Dans certains cas, on peut parler de limitation à la création architecturale. Les règles sont écrites pour la maçonnerie qui n’a pas du tout le même comportement que la construction en pierre. Nous essayons de ne pas être fermés. Mais la réglementation parasismique m’apparaît être un faux problème. Les tremblements de terre ont toujours existé et on a toujours construit en pierres.

N’est-il pas curieux que nous n’en sachions pas plus sur la manière dont les anciens procédaient ?
C’est étonnant. Nous n’avons jamais eu autant d’outils pour analyser, pour étudier, pour essayer de comprendre la construction en pierres massives, et pourtant nous sommes toujours aussi démunis.

Il est donc difficile d’expliquer la longévité des constructions anciennes en pierres massives ?
Les outils scientifiques nous permettent de dire que c’est bien construit, mais sans trop savoir pourquoi.

Oui, mais le matériau est pérenne.
Le matériau est pérenne, encore qu’il faille un certain savoir-faire pour que la construction soit pérenne. Les anciens, dans la plupart des cas, possédaient un réel savoir bâtir, savaient construire de façon pérenne. IIs avaient un savoir, une connaissance du matériau qui s’est relativement perdue. En revanche, on ne sait pas exactement quelle était la consistance de leurs outils conceptuels.

Comment situez-vous la demande de maisons en pierre par rapport à celle des maisons à ossature bois ou à celle du pisé ?
Dans le Midi de la France, la pierre c’est un peu comme le bois. On constate qu’il y a une commande de maisons qui se situe dans une gamme supérieure. Par rapport à la commande de pierre, le marché du pisé est infiniment plus restreint. Il y avait une demande dans le fil des maisons mexicaines.

Vous estimez donc que la construction en pierres massives a de meilleures opportunités de développement que ces autres matériaux ?
Dans le Sud, la pierre est mieux placée que le bois. À cause du vent, du soleil, ici on aime lourd, tandis que le bois est léger. C’est un problème culturel parce que, dès qu’on dépasse Avignon, le bois s’accepte beaucoup plus volontiers.

Que faudrait-il pour que la construction en pierre massive se développe ?
Il faut arriver à casser le réflexe : “la pierre c’est cher” !

Et que faudrait-il faire pour cela ?
Il faudrait que le métier arrive à mettre en contact l’offre et la demande en développant une proposition économiquement séduisante qui ne se cantonnerait pas à la villa haut de gamme et qui prouverait au grand public que la pierre n’est pas plus chère que les autres matériaux. À partir de ce moment-là, tout le monde aurait envie de construire en pierre.

Cela serait suffisant ?
Je crois qu’aujourd’hui il ne faut se priver d’aucune initiative portant le message de la pierre. Vu la situation économique de la filière et le danger que cela représente pour ceux qui possèdent encore le savoir-faire, on ne doit pas condamner la moindre initiative.

Vous paraissez sensible à cette question.
J’avoue que je suis très sensible à cette question car j’ai énormément de respect pour ceux qui ont le savoir-faire que je considère eux aussi comme les héritiers des bâtisseurs de cathédrales. Leur savoir-faire n’est pas une culture désincarnée. Ils ont le geste. Ils ont encore le geste !

Vous croyez à l’avenir des Tailleurs de Pierre ?
les vecteurs qui s’offrent à elle, que ce soit les expériences HLM, les petites maisons ; l’architecture mégalithique… même si l’intervention du tailleur de pierre est parfois quasi nulle. La diffusion, c’est l’expérience. L’augmentation de la présence de la pierre ne peut que les tirer en avant, leur ouvrir des marchés, déclencher des décisions d’achat. Si, petit à petit, on casse le réflexe qui consiste à penser que la pierre c’est cher, je pense qu’il y a un grand pan de marché qui va se débloquer et où le tailleur de pierre va intervenir. L’intervention du tailleur de pierre deviendra de plus en plus présente dans la mesure où la pierre deviendra de plus en plus présente dans l’actualité économique.

Que diriez-vous à un jeune architecte qui souhaiterait construire en pierre ?
Je ne sais si je saurai lui donner un bon conseil. Il est déjà pénétré de notre histoire, de nos métiers. Je lui dirai qu’il y a des formes à trouver ; qu’en raison de l’évolution des équipements de confort, l’ambiance n’est plus une donnée fondamentale car on la contrôle plus facilement ; que les maisons en pierres ne sont pas réservées aux riches ; que les équipements publics sont réalisables avec des concepts.”

(Pascal Gires / François Gauthier
Hors-série Spécial Technique Habitat Sain et Protection des Biens et des Personnes - Septembre 2000 - “Le Bâtiment Artisanal” - Pages 24 / 27